samedi, août 16, 2008

Le long terme

Oui, cette expression est l'essence même de la vie d'un joueur de poker. Parfois concrète, elle est aujourd'hui mystifiée et ne représente pas grand chose pour la plupart des joueurs moyens.

Le commentaire de Romain sur le post précédent m'a remémoré un coup joué mercredi après-midi. Je vais tenter de vous démontrer le fameux long terme, sur une session de 4h. Je suis assis à une 100, à ma place fétiche et tout se passe normalement. Un joueur monte de la secondaire et commence à jouer tous les coups, à toucher beaucoup et à monter un très gros tapis (dansl es 1000) avec 200 de départ. Il a attrapé Benoît qui avait AK avec A57 au flop alors qu'il avait 55 en jouant très agressif, schématisant soit un AK soit un AQ. Un joueur qui aime apparemment gambler et surtout bluffer.
Je me retrouve en BB avec . 3 joueurs qui payent la blind et je décide de relancer à 44. Je veux jouer cette main en tête-à-tête avec notre ami gambleur et cela ne loupe pas. Le flop donne . J'ouvre à 80, et il m'envoie immédiatemment tapis. Il me couvre, j'ai 720€ exactement derrière. Ce move ressemble trait pour trait à celui sur lequel il a attrapé Benoît. Maintenant, il est très difficile de lâcher cette main, quasi impossible. Mais je me gratte la tête, je n'ai plus trop de solution. Soit tapis, soit fold. En même temps, ce spot n'est pas dangereux, je suis devant le tirage pic, devant un K quelconque et je peux améliorer ma main face à une double paire. Mais je me dis alors qu'il y a des coups plus facile. Je lui jette ma main face ouverte et me dit : "comme tu me montre ça, je suis obligé de te montrer la mienne" et me retourne son . Il ne me voyait pas du tout avec une telle main, que j'ai joué trop fort pour représenter une telle main. Il prend mon argent et est visiblement impressionné par mon lay down. Cela s'avèrera payant par la suite car 2 heures plus tard, je lui ai repris l'équivalent de 600 € et lui démarre un cycle de bad run assez impressionnant. J'ai réussis, par ce lay down, à imposer mon rythme sur toutes les mains qui nous as vu nous affronter par la suite. Voilà, en peu de temps, j'ai pris un ascendant psychologique sur ce joueur qui me permettra par la suite de le déstacker sur une paire de 8 où je touche mon 8 au flop et il réalise alors le même move avec top paire top kicker. Il m'envoie tapis, immédiatement call bien sûr.

Voilà un petit exemple que les coups charnières d'une partie ne se jouent pas forcément sur des mains gagnantes, mais sur la continuité d'une session.

vendredi, août 15, 2008

Le pire call de ma vie.

Oui, j'arrive moi aussi à jouer ma fish attitude. Aucune excuse, j'ai joué ce coup comme un vrai fish, un vrai de vrai, un pigeon qui se fait attraper mais au moins, je le savais au flop et à la turn.

Je suis à une 100 en pleine nuit avec un tapis conséquent. A table, 2 / 3 régulars, les coups sont normaux, pas trop trop d'horreur, pas de pots monstrueux, bref, une partie regular en sommes. Je suis en milieu de parole et je reçois . 2 limpers après les blinds dont un juste à ma droite. Il a monté un gros tapis dans les 900 en pédalant énorme ou en choppant les livraisons que les coursiers Fedex faisait par ci par là. Un joueur moyen mais relativement dangereux car très calling station. Bref, je relance à 36 preflop. Felipe au bouton me call, la grosse blind vient aussi ainsi que les deux joueurs ayant call à 4 avant moi. Nous sommes 5 dans le coup, et j'ai déjà envie de jeter mes cartes. Sauf que le flop est . Les 3 joueurs avant moi check, j'ouvre à 120, Felipe jette apparemment à regret, tous le monde jette jusqu'au joueur à ma droite, la fameuse calling station, qui cette fois me relance à 400. Ok, je vois le genre, mon brelan n'est pas bon apparemment. Pour info, j'avais jeté un brelan de 9 1 heure avant contre lui justement sur un flop où j'ouvre à 14, relancé par un américain à 30 et lui surrelance à 90 alors qu'il est au bouton. Alors évidemment, je le met sur 78 et ma décision est alors toute faite et j'ai jeté. Bien sûr, l'américain était à tirage carreau qu'il ne verra pas sortir et lui livrera dans les 300 € car notre ami montrera en effet 87 pour la quinte max. Ce coup me revient bien évidemment à l'esprit lorsque j'entends ce raise à 400. 96 et J9 sont des mains probables, après je prends tout mon temps en réfléchissant à sa main et ce à quoi j'ai affaire. Et là, je me persuade qu'il a quinte mais une voix me dit de call, d'aller chercher la doublette, d'aller à l'accident. Après tout, il paut faire cela avec 2 paires, 9 10 ou brelan inférieur. Mais non, dans ma tête, je sais que j'affronte une quinte et je prie pour voire une doublette tout de suite. Je call, tel un pigeon bien en chaire, tel un saumon d'élevage lâché en plein torrent d'eau douce et je pousse les 280 € manquant pour tout juste compléter. La turn est un et bien évidemment, j'entends les 450 et tapis qui confirme qu'il a effectivement bel et bien une quinte, je call car je ne vais pas me désengager après un tel move de donkey. En bon fish que je suis, je chope obviously un à la river pour un full max. Il m'annonce quinte avec , je lui annonce full, il se lève instantanément et je lui fétiche son taco. On ne l'a plus revu depuis. Un coup horrible, que je ne conseil à personne, j'ai poussé les jetons et j'ai fermé les yeux, je sais que je suis dominé et de plus, la profondeur de tapis m'a donné suffisamment d'information pour que je lâche aisément ce coup. J'ai affreusement joué mais j'ai touche, aucune leçon, aucune morale dans ce coup, j'ai mal joué et j'ai chatté. Je vous rassure, ce genre de coup ne fait vraiment pas partie de mon style mais que voulez vous, that's poker...

Putain d'Anna Kournikova

Cela va bientôt faire 2 fois que je saute en tournoi avec cette main. Tout d'abord, table finale du 250 de l'Acf samedi dernier, je suis au bouton, j'ai 13600 de chip, nous ne sommes plus que 6, les blinds sont à 1000 / 2000 ante 200, et Olivier "ARI" envoie en second de parole 5000. Call par le joueur à sa gauche, et c'est à moi de parler. Je vois cette main faite pour être à tapis préflop et calcul rapidement mon action. Cela ne changera rien si je call et je ne verrai jamais la fin du flop si je ne touche pas immédiatement. En même temps, pourquoi call en investissant plus d'1/3 de mon tapis si c'est pour coucher ensuite. Alors ok, let's go to ALL IN !!! Les blinds jettent, Olivier réfléchit un peu et jette assez rapidement. C'est un pote et a relancé dans une position indélicate sans pour autant entamer son tapis, une sonde en quelques sortes, avec AJ. Le joueur d'après par contre, c'est une paire de manche. Il a gros tapis et se sent obligé de call. Maintenant il réfléchit, demande le total, et annonce "je ne devrais pas, mais je paye" et me retourne . La première carte du flop est un 7 et scellera mon sort. Je ne sors pas dégoûté en plus, je finis 6ème d'un tournoi où je n'ai commis aucune erreur et où j'ai eu de la réussite quand il fallait, sauf dans le ma dernière rencontre.

Deuxième cas, dans le tournoi de ce jeudi soir, dans le 200 double chance de l'Acf. Nous ne sommes plus que 27, je suis considéré comme short stack car je n'ai que 4600 alors que la moyenne est dans les 9500. Je reçois en premier de parole alors que les blinds sont de 200 / 400 ante 50, je décide de relancer à 1200, sachant que je relance dans le but de partir à tapis, logique. je suis callé par un joueur en milieu de parole, et la petite blind me surrelance à 2600. Tapis immédiatement chez moi, l'autre joueur lâche et la SB me paye immédiatement avec . Le flop sera géantissime pour moi : . Seulement voilà, le sort s'acharne, et le croupier déroule 2 autre pics, je n'en ai pas obviously et je saute 27 ème.

Même si c'est une main dominée à la base contre toute paire servie, certes elle est considérée comme étant la 3 ème meilleur main de départ , j'en ai marre de sauter avec ça c'est dit.

mercredi, juillet 23, 2008

Une parfaite lecture du sabot !!!

Voilà, voilà, on y arrive, on remonte tout doucement, après avoir lâché en si peu de temps ce que j'avais galéré à monter. Mais c'est le poker, je ne progresserais jamais si je n'arrive pas à gérer ces moment de tilts. Et surtout, je dois arrêter de jouer aux tables à 50.

Je ne sais pas pour vous, mais j'ai bien grindé ces tables ces derniers temps et mon compte rendu est simple : C'EST DU GRAND N'IMPORTE QUOI !!!

Pour exemple, je suis au bouton avec avec 2 limpers, je raise à 22 (10x BB remember !!!) et je suis payé par la SB (une femme d'un âge certain qui est une calling station, qui ne te lâche jamais, bref, une vraie sangsue, et un mec en milieu de parole qui est un livreur de première, et qui ne comprend pas grand chose au poker. Bref, le flop est simple : . Madame check, l'autre check, et moi, continuation bet à 54, histoire de... faire gonfler le pot car je suis payé 2 fois. Au turn, tout de suite, sans souffrance : . Bon, ok, c'est la pire carte que je voulais voire sortir (avec l' bien sûr). La SB envoie 18 et tapis, l'autre réfléchis genre 3,50 secondes avant de call en ayant regardé ses cartes vite fait. Je ne sais pas, mais ce coup là pue mais je sens que je suis devant tout le monde, et j'ai envie d'un exterieur, alors j'envoie boîte à 126, instant call par Mr Fishman. River évidemment pour voir mes espoirs anéantis et mes sous en mode mandat-cash lorsque je découvre les jeux pour le moins surprenants de mes adversaires : chez ma calling station préférée, et chez mon copain rebeu. Voilà, en ce moment, l'expression qui tourne dans les cercles est celle de mon titre : une parfaite lecture du sabot !!

Autre exemple, je suis au cut-off, je reçois et, énervé, je relance à 28. Je ne suis payé que par le mec qui avait call UTG et let's see the flop : . Il a un tapis d'environ 100€, et à ma grande surprise, il attaque en premier à 40. Je réfléchis un peu, tente de mettre une main sur son bet. Cela me semble schématiser un AJ, voir KJ ou pire, un JJ. Je préfère prendre l'information tout de suite en "minraisant", sachant que logiquement s'il a QQ ou une paire en dessous il lâchera. Et après mes 80, il m'annonce tapis 108. J'ai envie de lâcher, mais cela me décide et me persuade à le mettre sur AJ. Je paye donc, de toutes façons je n'ai plus d'autre choix, turn est catastrophique pour moi et la river ne changera rien. Et bien tenez vous bien, il m'a arrosé tout le flop avec . Je ne commenterai pas ce move, tout comme le précédent, j'veux dire par là que l'abbatage parle de lui même, ces tables à 50 c'est du n'importe quoi.

Je ne peux que m'incliner et admettre que les joueurs qui y jouent sont bien plus forts que moi, ils ont cette capacité, ce don du ciel, cette aptitude hors du commun : la lecture du sabot que peu d'entre nous avons en nous...

mercredi, juillet 09, 2008

Broke attitude

Voilà plus de 2 mois sans le moindre post, et je vous prie de bien vouloir m’en excuser. J’ai plusieurs articles en cours de préparation mais là, j’ai besoin de rassembler pas mal de volonté pour tenter d’exorciser ce démon qu’est le jeu. En effet, durant ces 2 mois de silence bloguiste, je n’en suis pourtant pas en reste d’histoires hallucinantes. J’ai « runné » good, j’ai « runné » bad, j’ai connu une variance très difficile à gérer. J’ai perdu beaucoup de 80 / 20 (AA vs KK) comme on dit, des 60 / 40 également (AK vs AQ), je gagnais des coups de l’espace, je callais gagnant, je callais perdant, bref, je bougeais les jetons au gré de mes humeurs et de mes adversaires.

Et puis, pour je ne sais quelle raison, je me décide que, fort de mes capacités pokériennes, je peux aller grinder un peu les fameuses tables à 250. Moi qui effectuais jusqu’alors à quelques micros sessions de 1, 2 voir 3 heures, j’ai décidé de passer une nuit complète dessus et vous savez quoi, et bien tout mon bankroll pour lequel je me suis acharné à monter y est passé. Voilà c’est dit, dans cette petite salle se joue un autre poker, celui dit de « masse ». En effet, je ne comprenais pas bien pourquoi il fallait avoir un gros bankroll pour aller s’assoir à une table ou les blinds ne sont pas bien plus élevées qu’à la 100, ou le tapis moyen correspond parfois à celle d’une 100 bien chargée. La différence se situe dans bien des aspects. La relance dite « classique » est bien plus elevée, le pot moyen l’est par conséquent bien plus elevé également et donc, l’écart à réaliser sur ces tables est attractif. Seulement voilà, lorsque qu’un joueur se fait « déstacké » la différence est là aussi, à une 100 nous ne voyons que rarement un joueur recharger lourd. A ces tables, on voit parfois un joueur recharger 1000, 1500, voir 2 ou 3000€ d’un coup. Ensuite, voilà le type de coup qui donne des maux de tête. Je suis sur 3000, nous sommes au petit matin et je suis en train de doucement mais sûrement remonter ma perte. J’ai envie de rentrer mais je perds encore 600€, ma table est « facile » et j’arrive à me faire respecter bref, tout va bien et je n’ai pas envie de rentrer tout de suite. Puis arrive ce coup contre Damien, un Irlandais très agressif et qui est devenu depuis peu un habitué des 250 après avoir bien performé en tables à 100. Il est au bouton et moi de SB, je sais qu’il va relancer son bouton. Il me connait un peu mais je l’ai destacké 2 fois jusqu’à maintenant et il a rechargé lourd à 1000€ après avoir perdu ses 2 caves à 250 et 500. Nous sommes 5 dans le coup et il envoie 35, je reçois je décide de call, Les 3 autres également call pour voir le flop. , je check, tout le monde check et Damien envoie 80. Je relance à 300, tout le monde passe et il décide, dans un éclair de lucidité de m’envoyer tapis. Normalement, c’est instant call mais il a tout de même 1040€ de tapis, cela mérite réflexion. S’il a brelan de roi ou de dix, il ne m’enverrait sûrement pas tapis, en voulant me garder dans le coup. Je décide de le mettre soit sur QJ soit sur 2 paires KT, auquel cas je suis devant. Après un petit temps de réflexion, j’annonce payé et je le vois se décomposé, il me dit « t’as brelan ? » avec ce regard qui feint le dégout d’avoir tout poussé face à un joueur comme moi. Tombe alors un puis un dévastateur pour mon petit full face à son second full max dans les mains… Voilà, il va sans dire que ce coup m’a sonné et je perdrais tout le reste en rechargeant 2000 de plus, sachant que cet argent, j’ai mis 4 mois à le gagner et que tout est parti en une journée. C’est les aléas du poker mais surtout, je n’arriverais à rien dans ce monde sans un minimum de discipline, discipline que je m’efforçais jusqu’alors à tenir, mais j’ai craqué, je ne suis qu’un homme, faible certes.

J’avais pourtant réalisé de belles sessions à la 100, et j’y retourne aujourd’hui, forcément, car cela reste les tables où les joueurs sont les plus techniques. Force est de constater que certains « oiseaux » volent encore à ces tables, heureusement sinon nous nous retrouverions entre habitués où il est très difficile de performer, car nous commençons à de plus en plus nous connaître. Il y a pourtant un coup que j’ai en mémoire et que je me dois de raconter, car c’est, pour moi, du jamais vu, le genre de coup que l’on se prend à rêver autour d’une entrecôte frites entre amis. Nous sommes à une 100 un peu chaude, à ma droite Mathieu, un joueur très sérieux, qui se targue de dévorer des bouquins et qui a une approche de ce jeu des plus enviable. Il me parle souvent en des termes inconnus pour moi, mais j’aime bien parler avec lui car il analyse très bien les coups. Bref, il est 3 heures du mat, nous sommes tous plus ou moins fatigués, je viens de déstacker Mathieu en lui pédalant une quinte par les 2 bouts que je touche max au turn, quand il m’envoie all in avec son brelan au flop (3910 et j’ai QJ, tout de suite le 8 au turn). Il recharge et est visiblement en tilt, le pire ennemi du joueur. Il se fait pédaler et pour cher, l’ensemble des short stack de la table doublent sur lui en touchant des river improbables, bref il ne joue pas serein. Il envoie 32 préflop alors qu’il est au bouton, j’ai et je décide de call car c’est Mathieu et qu’il est très affecter par les move qu’il prend dans la gueule et que la table est assez loose. On ne sait jamais, on peut trouverson flop (j’ai gros tapis et derrière moi se trouvent Benoît, qui a un énorme tapis et qui a call en UTG, donc je sais qu’il va suivre, plus 3 ou 4 joueurs qui ne vont sûrement pas suivre). A ma grande surprise, tout le monde est là, nous sommes 5 suiveurs plus Mathieu pour un pot de départ des plus sexy. Vient le flop des plus énorme. , tout le monde jusqu’à Mathieu qui envoie 120. J’ai déjà envie de relancer à 300 histoire d’arrêter le coup mais je me ravise et call juste, on ne sait jamais. Là encore, surprise, moi pensais le retrouver en tête à tête, je vois Benoît caller et un short stack mettre tapis à 70. Tombe alors le . Waouh, comment faire, en une fraction de seconde j’annonce tapis, et là je me dis mais quel con, et si Benoît était venu chercher une couleur ? Il réfléchis 3 plombes et se décide à lâcher, en demandant de garder sa main. 2 paires, brelan ? Visiblement mon tapis à 800 lui a fait peur, et il lâche le coup avec regrets visiblement. Mathieu se gratte la tête mais décide de payer, il a tout de même 440 de tapis et je pris pour qu’il n’y ait pas de doublette. La dernière ne change rien et j’annonce « MAX » comme j’aime si bien le faire. Pas par arrogance, mais je ne fais pas de cinéma, les gens comprennent alors qu’ils ont perdus, cela évite tout litige à table comme j’ai l’occasion de tellement en voir. Finalement, Benoît a jeté , le short stack avait et Mathieu lui avait . Waouh, 4 joueurs, 4 couleurs au tableau final, 11 cœur de sortis sur 13, c’est de la folie, du jamais vu mes amis.